On vous en parlait à la fin du mois de mai : sur Jazz Radio, on attendait avec impatience la fin de l'été pour retrouver le nouvel album de Laufey, "A Matter Of Time". L'occasion pour elle de nous donner une millième preuve de son talent, à tous ceux qui pourraient croire qu'elle n'était qu'un simple phénomène viral. Dans son nouvel album, la jeune femme de 26 ans nous présente un portrait de toutes ses facettes, dans un univers qui oscille gracieusement entre jazz rétro, pop orchestrale et folk, auréolé de quelques touches de musique classique. Un album qui explore toutes les facettes des émotions de la chanteuse islando-chinoise :
"Je voulais que l'album reflète toutes les facettes de mon échelle émotionnelle. [...] En une journée, je vais passer une heure heureuse à une heure de pleurs. Faire un album qui ne soit qu'une seule et même ambiance ne m'intéresse pas." - Laufey
De l'ouverture féérique de l'album Clockwork au rythme métronomique au final chaotique de Sabotage, la chanteuse y dévoile toutes les nuances de son registre émotionnel, entre romantisme, ironie, colère et vulnérabilité. Comme toujours avec Laufey, on retrouve sa plume légère et espiègle, notamment dans Lover Girl, où elle explore la bossa nova vintage en lui apportant une petite touche moderne, ou dans Mr. Eclectic, où elle dresse un portrait au vitriol des snobs qui expliquent la musique classique, clin d’œil piquant à un milieu jugé fermé et élitiste.
Comme jamais, Laufey se livre : Blanche-Neige aborde les insécurités liées à son corps et aux attentes liées à l'apprence, tandis que dans Forget-Me-Not, enregistré avec l’Orchestre symphonique d’Islande, elle marie à la perfection l'anglais à l'islandais dans une confession intime et bouleversante. Elle ose même un petit passage vers la folk avec Clean Air ou l'univers circassien avec Carousel, preuve de sa curiosité musicale sans limites, mais surtout sans frontière.
Cette richesse traduit une vraie volonté de ne pas rester figée dans ce que l'on attend d'elle, dans le rôle confortable de chanteuse “douce” de la génération Z. Au contraire, Laufey revendique une complexité, où le sublime cohabite avec le doute. Et si certains la jugent trop "accessible", trop populaire pour le jazz ou trop "rétro" pour la pop, elle fait taire ses détracteurs en légèreté et en sincérité, rappelant avec intelligence que le snobisme n’a jamais écrit une bonne chanson.
Avec près de 5 milliards d’écoutes et une tournée des stades à venir, Laufey s’impose comme l’une des rares artistes capables de faire du jazz une musique désirable pour un public jeune, sans pour autant lui retirer son ADN originale. A Matter of Time n’est pas seulement un album élégant : c’est une déclaration d’indépendance artistique, et la preuve que l’on peut défier les étiquettes tout en restant soi.