Stan Getz : rétrospective sur le parcours d'un maître de la bossa nova et du cool jazz

Stan Getz : rétrospective sur le parcours d'un maître de la bossa nova et du cool jazz

Avec son saxophone, Stan Getz n’a pas seulement traversé l’histoire du jazz : il l’a façonnée. Retour sur ses débuts fougueux dans le swing à l’explosion mondiale de la bossa nova.

Stan Getz se faisait pas simplement du saxophone : il transmettait. Lorsqu’il commença sa carrière au sein de l’orchestre de Jack Teagarden à la fin des années 1940, le jeune musicien n’est encore qu’un talent prometteur, un garçon timide. Mais très vite, son lyrisme et sa finesse d’interprétation l’imposent au cœur du mouvement cool jazz. Sa capacité à faire ressortir le saxophone ténor impressionne.

Ce qui marque dans son parcours, c’est cette capacité à absorber les influences, les climats, les styles, sans jamais perdre ce qui fait son identité. Dans les années 1950, alors qu’il s’affirme pleinement sur la scène américaine, il développe ce ton mélancolique, presque nostalgique, qui deviendra l’un des reflets les plus purs de la West Coast. Ses improvisations semblent d'une facilité telle que chaque note tomberait exactement à l’endroit prévu par le destin. Il n’a pas besoin de forcer pour séduire : son art consiste à suggérer.

Son histoire bascule définitivement au début des années 1960 lorsqu’il croise la route d'artistes brésiliens. La rencontre avec João Gilberto, le compositeur Antônio Carlos Jobim et l’univers naissant de la bossa nova va ouvrir un nouveau chapitre de son œuvre. Getz y voit immédiatement plus qu’un style : pour lui, c'est une nouvelle langue musicale. Et il s’y adapte avec une aisance presque insolente. Jazz Samba, puis Getz/Gilberto, dévoilent un saxophoniste en osmose totale avec ce style épuré et sensuel. Sa sonorité semble faite pour épouser ces harmonies. C’est ainsi que naît une révolution mondiale, portée par un titre qui deviendra un standard absolu : “The Girl from Ipanema”.

Ce succès planétaire propulse Stan Getz dans une autre dimension. Il devient un maître du jazz, un ambassadeur mondial d’un son nouveau. Pourtant, derrière cette lumière éclatante, l’homme reste complexe. Mais sur scène, au studio, à travers ses solos, rien n’apparaît de ces obscurités. Il joue comme s’il cherchait un refuge, une forme de paix intérieure, et le public, touché par cette fragilité, le suit.

Au fil des décennies, Getz ne cesse d’explorer. Il s’aventure vers des univers plus contemporains, collabore avec Chick Corea, retravaille l'improvisation à sa manière et de façon plus moderne. Même dans les dernières années de sa vie, affaibli par la maladie, il continue à jouer avec une grâce intacte. Son saxophone, toujours lumineux, devient la preuve que l’émotion ne s’éteint jamais chez ceux qui vivent pour la musique.

Le parcours de Stan Getz ressemble à un voyage à la fois doux et tumultueux, un itinéraire où l’élégance domine toujours. Il a donné au saxophone ténor une nouvelle manière de s'exprimer.

En revisitant sa vie, on redécouvre un artiste qui n’a jamais cessé d’avancer, de chercher, d’expérimenter, toujours en quête de découverte. Un homme tourmenté qui, par son instrument, trouvait une manière d’apaiser le monde. Et c’est peut-être là que réside le cœur de son héritage : la conviction que la musique peut être un baume, un langage universel, une lumière dans l’obscurité. Stan Getz n’a pas seulement joué du jazz. Il a joué l’âme humaine.

JJ 11/64: Stan Getz & Joao Gilberto - Getz/Gilberto - Jazz Journal