Pour comprendre cette longévité, il faut d’abord s’intéresser à l’écriture musicale, cette alchimie singulière où se mêlent funk, soul, acid jazz et éclats disco. Jamiroquai n’a jamais choisi : il a prélevé dans chaque genre ce que celui-ci a de plus vital, de plus dansant, puis en a fait une signature. L’élégance des arrangements, la précision des orchestrations et cette façon de laisser du souffle, de l’espace, créent une sensation de mouvement perpétuel. Il suffit de quelques secondes de “Virtual Insanity » ou de “Cosmic Girl” pour que le corps, malgré lui, change de rythme.
La rythmique, justement, constitue le socle inébranlable des compositions de Jamiroquai. Les basses — souvent magistrales — avancent comme si elles dessinaient un chemin. La batterie, elle, s’y suspend puis s’y accroche, dans une conversation nuancée, presque intime. Jamais clinquante, jamais pesante, cette pulsation possède cette élégance rare qui permet à la danse d’être à la fois instinctive et raffinée.
Au centre du dispositif trône la figure de Jay Kay, interprète magnétique et silhouette reconnaissable entre mille. Là où d’autres surjouent l’excentricité, lui cultive un art du geste juste : un falsetto qui s’envole sans ostentation, une prestance scénique qui tient davantage du félin que de la rockstar. Ses fameuses coiffes futuristes, loin d’être de simples accessoires, renforcent cette dimension d’étrangeté raffinée, ce mélange de sophistication et de liberté qui traverse toute son œuvre.
Mais, Jamiroquai ne séduit pas uniquement par le son et l’image ; il dialogue aussi avec les préoccupations du monde. L’écologie, le progrès technologique, l’aliénation moderne : ces thèmes sont présents dès les premiers albums, portés non comme des slogans, mais comme des reflets lucides. Et c’est sans doute là l’un des secrets du groupe : malgré la gravité des sujets, la musique reste un élan, une forme de respiration.
Alors, comment Jamiroquai parvient-il à faire danser la planète entière depuis trois décennies ? Peut-être parce que sa musique incarne ce paradoxe si rare : une subtilité assumée, mais jamais prétentieuse ; un groove irrésistible, mais toujours délicat. Une manière de rappeler que la danse, sous toutes ses formes, peut être une affaire de style autant que de liberté.
A bientôt pour d’autres Histoires du Jazz.


































