Elle débute sur les scènes new-yorkaises au début des années 20, en pleine effervescence de Harlem. Elle passe par les revues qui font alors courir le public noir et blanc de Broadway, à commencer par Shuffle Along, puis par Runnin’ Wild, où l’on danse le Charleston avant que tout le monde ne s’y mette. Elle apprend le métier au contact de la scène : la projection, le tempo, l’art de tenir une salle.
Son rendez-vous avec l’histoire a lieu en 1927. Duke Ellington et son orchestre, installés au Cotton Club, enregistrent Creole Love Call. Adelaide Hall y chante sans prononcer un seul mot. Pas de paroles, pas de refrain à reprendre : sa voix se glisse dans l’orchestre comme un instrument à part entière, souple, plaintive, presque sinueuse, qui dialogue avec les cuivres et les anches. L’idée est audacieuse pour l’époque. Elle ouvre la voie à une façon de chanter le jazz qui n’a plus besoin du texte, et dont on retrouvera l’esprit dans le scat. Le disque devient l’un des grands succès d’Ellington et reste aujourd’hui l’un des emblèmes de sa période Cotton Club.
La suite de sa carrière confirme que ce coup d’éclat n’était pas un hasard. En 1928, elle triomphe à Broadway dans Blackbirds of 1928, où elle fait entendre « I Can’t Give You Anything but Love » et « Diga Diga Doo ». Puis l’Europe l’attire. Elle s’installe à Paris, où elle ouvre un club à Pigalle, avant de gagner Londres à la fin des années 30. Elle y reste, y monte son propre établissement, chante à la radio, au théâtre, à la télévision, et poursuit sa carrière jusque dans les années 90. Elle s’éteint à Londres en 1993, après plus de soixante-dix ans de scène.
Aujourd’hui, 20 octobre, on a donc une bonne raison de ressortir Creole Love Call. Écoutez-le en fermant les yeux : cette voix qui n’a pas besoin de mots pour raconter quelque chose, c’est la signature d’Adelaide Hall.


































