C’est à Cheraw, en Caroline du Sud, que naît John Birks Gillespie le 21 octobre 1917, dernier d’une famille de neuf enfants. Son père, maçon et musicien amateur, laisse des instruments à la maison. Le petit John s’y essaie, d’abord au trombone, puis à la trompette, qui ne le quittera plus. Il a dix ans quand son père meurt, et la musique devient très vite autre chose qu’un passe-temps.
Après Philadelphie, il s’installe à New York en 1937 et enchaîne les orchestres, dont celui de Cab Calloway, qu’il quitte en 1941 après une dispute restée célèbre. Le soir, à Harlem, au Minton’s Playhouse, il retrouve Charlie Parker, Thelonious Monk et Kenny Clarke. On y joue plus vite, on y harmonise plus audacieusement, on y casse les habitudes du swing. Le bebop naît dans ces jam-sessions nocturnes, et Gillespie en est l’un des architectes. « Salt Peanuts », « Groovin’ High » ou « A Night in Tunisia » sont devenus des standards.
Il ne s’arrête pas là. À la fin des années 1940, il s’associe au percussionniste cubain Chano Pozo et mélange le jazz aux rythmes afro-cubains. « Manteca » en est le manifeste, une dizaine d’années avant que le monde ne parle de musiques métissées.
Reste l’image. En 1953, sa trompette est accidentellement tordue, le pavillon pointant désormais vers le haut. Le son lui plaît, il en fait sa marque et ne jouera presque plus autrement. Ajoutez le béret, la barbiche, les joues qui se gonflent comme des ballons et un humour permanent. En 1964, il se déclare même candidat à la présidence des États-Unis, promettant de rebaptiser la Maison-Blanche « Blues House ».
Derrière le clown, un pédagogue. Dizzy Gillespie a encouragé et formé des générations de trompettistes, sans jamais cesser de se produire sur scène. Il reçoit un Grammy pour l’ensemble de sa carrière en 1989 et les Kennedy Center Honors en 1990. Il s’éteint le 6 janvier 1993, à Englewood (New Jersey), à l’âge de 75 ans.
Plus de trente ans après sa disparition, le message reste le même : la virtuosité n’empêche pas l’insolence, et la musique la plus exigeante peut aussi être la plus joyeuse.


































