Dans l’histoire de la musique populaire, peu d’artistes ont autant donné que lui. Stevie Wonder écrit très tôt, et très vite il comprend qu’une chanson n’a pas besoin de lui appartenir pour porter sa marque. Il en confie à des amis, à des maisons de disques, parfois à des inconnus, avec la même générosité mélodique. Résultat : des classiques que l’on fredonne depuis des décennies sans penser à celui qui en a posé les premières notes.
1. « The Tears of a Clown », Smokey Robinson & The Miracles (1967)
C’est l’histoire d’une mélodie jouée un soir de fête de fin d’année chez Motown. Le jeune Stevie, alors adolescent, fait écouter à Smokey Robinson une musique qui sonne comme un air de cirque. Smokey y voit tout de suite une chanson : il écrit les paroles, l’histoire d’un clown qui sourit pour ne pas pleurer. La chanson sort sur l’album Make It Happen des Miracles en 1967, puis devient un tube mondial quand elle est reprise en single en 1970. Elle est co-signée Stevie Wonder, Smokey Robinson et Henry Cosby.
2. « It’s a Shame », The Spinners (1970)
Les Spinners ne sont pas encore les stars de la soul de Philadelphie, quand Stevie Wonder leur offre ce titre. Il l’écrit avec Syreeta Wright, alors sa compagne, et Lee Garrett, avec qui il avait déjà travaillé sur « Signed, Sealed, Delivered I’m Yours ». La chanson donne un nouveau souffle au groupe, qui avait besoin d’un grand morceau pour exister. Un cadeau de jeune compositeur, déjà d’une maturité étonnante.
3. « Until You Come Back to Me (That’s What I’m Gonna Do) », Aretha Franklin (1973)
Stevie Wonder avait enregistré cette chanson en 1967, mais elle était restée dans les tiroirs. Il la juge trop statique et finit par la confier à Aretha Franklin. La reine de la soul la transforme complètement : elle y injecte ce supplément d’âme que seule elle savait donner. Stevie racontera plus tard qu’Aretha avait fait exploser le morceau. Le titre est co-signé avec Morris Broadnax et Clarence Paul, et reste l’un des grands succès de la carrière d’Aretha.
4. « Tell Me Something Good », Rufus & Chaka Khan (1974)
Sans doute le plus beau cadeau de Stevie Wonder à un autre artiste. Il écrit seul ce titre funky pour Rufus, groupe mené par Chaka Khan, qui devient du jour au lendemain un phénomène. La chanson fait de la jeune chanteuse une star et lance véritablement la carrière du groupe. Elle fait encore danser des générations entières, sans que beaucoup sachent d’où elle vient.
5. « I Can’t Help It », Michael Jackson (1979)
Sur Off the Wall, parmi tant de chansons célèbres, celle-ci est probablement la plus tendre. Stevie Wonder l’écrit avec Susaye Greene, ancienne chanteuse des Supremes, et pensait d’abord l’enregistrer lui-même. Michael Jackson la chante avec une délicatesse presque irréelle. Jamais sortie en single, elle est pourtant devenue l’un des morceaux les plus aimés de l’album, souvent samplée par la suite. Quand on l’écoute, on reconnaît immédiatement la patte de Stevie : l’harmonie, le groove, ce léger vertige du Fender Rhodes.
Une plume qui ne s’arrête jamais
De Motown aux années disco, de la soul au jazz-funk, Stevie Wonder a prêté sa musique à tous ceux qui en avaient besoin. Ce qui frappe, c’est la cohérence : quel que soit l’interprète, on reconnaît sa mélodie, sa manière de faire respirer un accord, sa tendresse. Aujourd’hui encore, il suffit de lancer l’une de ces chansons pour comprendre que son génie dépasse largement ses propres disques.


































