Jacques Loussier aurait 92 ans : le pianiste qui a fait swinguer Bach

Jacques Loussier aurait 92 ans : le pianiste qui a fait swinguer Bach
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Le 26 octobre 1934, à Angers, naissait un garçon qui allait faire dialoguer deux mondes que tout semblait opposer. Jacques Loussier aurait fêté aujourd’hui ses 92 ans.

Formé très tôt au piano classique, il passe par le Conservatoire de Paris, où il travaille avec Yves Nat. Rien ne le destinait à bousculer le répertoire baroque. Pourtant, à la fin des années 1950, c’est ce qu’il se met à faire, un peu par jeu, en improvisant sur Bach dans les clubs parisiens. Il y a chez lui la rigueur de celui qui connaît ses gammes sur le bout des doigts, et l’oreille d’un musicien de jazz qui ne résiste jamais longtemps à une grille d’accords.

En 1959, il fonde le Play Bach Trio avec le contrebassiste Pierre Michelot et le batteur Christian Garros. Le disque qui en naît fait l’effet d’une petite secousse : les fugues et les préludes y respirent autrement, portés par un balancement que Bach n’avait sûrement pas prévu, mais dont il aurait peut-être souri. Le public suit, partout dans le monde. Les puristes, eux, grincent un peu. Loussier ne s’en soucie guère et poursuit son chemin, avec ce mélange de respect et d’insolence qui fait sa signature.

Il s’attaque ensuite à Vivaldi, à Satie, à Ravel, à Debussy, à Beethoven, toujours avec la même méthode : ne rien trahir de la partition, mais lui laisser de l’air. Le trio, remonté dans les années 1980 avec Vincent Charbonnier à la contrebasse et André Arpino à la batterie, tourne pendant des décennies. Les ventes d’albums se comptent en millions.

Loussier, c’est aussi un lieu. En 1977, il fait construire le studio de Miraval, dans le Var. L’endroit devient un point de passage pour de grands noms du rock et de la pop, et Pink Floyd y enregistre une partie de The Wall. Le pianiste, lui, y travaille ses propres projets, loin du tumulte.

Jacques Loussier s’est éteint à Cassis le 5 mars 2019, à 84 ans. Il laisse une discographie immense et une idée simple : une grande musique ne s’abîme pas quand on la fait danser.