Douze ans séparent Live at the Village Vanguard, paru en 2014, de Hurry Red Telephone. À l’époque, Marc Ribot jouait en trio avec le contrebassiste Henry Grimes et le batteur Chad Taylor. Depuis, le guitariste n’a pas ralenti, entre projets collectifs, chansons et musiques de film. Mais il n’avait plus signé de disque purement instrumental. C’est chose faite ce vendredi.
Ribot a souvent dit que les derniers concerts avec Grimes, disparu depuis, comptaient parmi la meilleure musique qu’il ait jouée ou entendue. Hurry Red Telephone prolonge cette conversation avec Taylor, restée en suspens, mais dans un format différent : un quartet, enregistré lors de deux séances distinctes.
Lors de la première, Ribot et Taylor s’entourent des saxophonistes ténor James Brandon Lewis et Brian Settles, avec Hilliard Greene à la contrebasse. Lors de la seconde, ce sont le saxophoniste alto Briggan Krauss et le bassiste Sebastian Steinberg qui prennent place. Steinberg n’est pas un inconnu : il jouait déjà avec Ribot dans Shrek, au début des années 1990, avant de s’installer à Los Angeles. C’est cette formation, Ribot, Krauss, Steinberg et Taylor, qui défend le disque sur scène depuis le printemps, d’Amsterdam à Turin. Au festival de la ville italienne, le magazine Musica Jazz y a vu l’un des projets les plus convaincants du guitariste depuis quinze ans.
Le programme tient en six compositions : quatre signées Ribot, deux du guitariste haïtien Frantz Casséus. Ce dernier fut son professeur de guitare, et son influence ne l’a jamais quitté. Le label décrit une musique tour à tour nerveuse, lyrique, râpeuse, drôle et pleine de soul. Elle porte aussi la trace du No Wave et du free jazz, deux terrains où Ribot a appris à jouer sans filet.
Quant au nom du groupe, il vient d’un vers du poème Several Tremendous de Richard Siken. Le label y lit une métaphore de la démarche de Ribot : reconstruire un langage musical à partir de rien.
Compagnon de Tom Waits sur Rain Dogs, membre des Lounge Lizards, chef de file de Ceramic Dog et des Cubanos Postizos, Marc Ribot n’a jamais choisi la ligne droite. Avec Hurry Red Telephone, il revient à l’essentiel : une guitare, un saxophone, une basse, une batterie.


































