Dans le jazz, certains noms s’imposent sur les pochettes et d’autres circulent plutôt de bouche à oreille, entre musiciens. Zoot Sims appartient à la seconde catégorie. Peu de gens le citent spontanément, mais Benny Goodman, Woody Herman, Stan Kenton et Gerry Mulligan se l’arrachaient. Né il y a 101 ans jour pour jour, il reste l’un des ténors les plus swinguants de son époque.
Une enfance sur les planches
John Haley Sims grandit à Inglewood, au sein d’une famille de artistes de vaudeville. Son père est danseur, sa mère aussi. Le petit John apprend les claquettes, la batterie et la clarinette avant même d’avoir l’âge de raisonner en accords. Il passe ensuite au saxophone ténor, inspiré par Lester Young, Coleman Hawkins ou Ben Webster, dont il saisit très tôt l’art de jouer avec le temps sans jamais le brusquer.
Adolescent, il tourne déjà dans les big bands de la côte ouest. C’est dans l’orchestre du trompettiste Kenny Baker qu’il hérite de son surnom. Ses camarades de pupitre s’appellent « Scoot » et « Voot », lui sera « Zoot ». Le nom ne le quittera plus.
Les Four Brothers
En 1943, il intègre l’orchestre de Benny Goodman, une collaboration qui reviendra par intermittence jusqu’à la fin des années 1970. Entre 1947 et 1949, il rejoint le Second Herd de Woody Herman et s’y fait connaître en tant que membre des célèbres « Four Brothers », une section de saxophones composée de Stan Getz, Serge Chaloff, Herbie Steward (bientôt remplacé par Al Cohn) et de lui-même. Le morceau signé Jimmy Giuffre qui les immortalise est devenu un standard du genre.
Al et Zoot, un duo de légende
Après Herman, Zoot Sims choisit la liberté. Il joue avec Buddy Rich, Artie Shaw, Stan Kenton, puis Gerry Mulligan, avant de monter, avec Al Cohn, un quintette resté dans l’histoire sous le nom « Al and Zoot ». Leur disque de 1957 porte d’ailleurs ce titre. Ils s’installent régulièrement au Half Note, un club new-yorkais près de Greenwich Village, pour un partenariat qui durera près de trente ans. On les entend même accompagner Jack Kerouac sur certains de ses enregistrements.
Un son reconnaissable entre mille
Zoot Sims n’a jamais cherché à tout bousculer, et ce n’est pas un reproche. Là où d’autres couraient après la révolution du bebop, lui préférait un jeu chaleureux, détendu, d’un classicisme assumé, que la critique a souvent décrit comme dépourvu de toute affectation. Sa devise, il l’a résumée lui-même : ce qui l’intéresse, c’est la musique qui sonne bien et qui fait du bien.
Dans les années 1970, il enregistre une série d’albums pour le label Pablo de Norman Granz, dont Zoot Sims and the Gershwin Brothers (1975) et Basie and Zoot, ou encore Zoot Plays Soprano (1976), où il s’essaie au saxophone soprano. Un hommage lui est rendu en 1975 à l’université de New York avec le concert « Salute to Zoot ».
La dernière ligne droite
À la fin des années 1970, des problèmes de foie liés à l’alcool le contraignent à une cure radicale : arrêter de boire ou renoncer à vivre. Il choisit d’arrêter, et reprend la route, sobre. Zoot Sims s’éteint à New York le 23 mars 1985, à 59 ans.
Un clin d’œil pour finir : son surnom a traversé les générations. Le saxophoniste du Muppet Show, membre du groupe Dr. Teeth and The Electric Mayhem, s’appelle lui aussi Zoot.


































