Onze titres, quarante-quatre minutes : c'est le format resserré choisi par le saxophoniste, compositeur et chanteur franco-coréen pour ce nouvel opus, enregistré aux studios de La Frette et produit par Matthis Pascaud. Entouré de sa formation habituelle, Benoît Perraudeau à la guitare, Eli Frot au piano, Paul Herry-Pasmanian à la basse et Simon Lemonnier à la batterie, Oan Kim signe ici un disque conçu comme un véritable travail collectif, où chaque musicien a pesé sur la construction des morceaux.
Dès l'ouverture avec Habanera, réinterprétation libre et audacieuse de l'air emblématique de Carmen, le ton est donné : celui d'une œuvre organique et habitée, qui revendique aussi bien l'élégance fragile de Chet Baker que l'intensité atmosphérique de Radiohead, comme si elle se déroulait dans un film de David Lynch. On y retrouve également l'ombre de Tom Waits, dans ce goût pour les textures rugueuses et les récits en clair-obscur.
L'album doit aussi beaucoup à ses invités. Sur When Colors Turn Grey, Melody Gardot prête sa voix à un duo nocturne et cinématographique, errance imaginaire de deux âmes solitaires dans le New York des années 1950. Plus loin, Arthur Teboul de Feu! Chatterton rejoint le groupe sur Nous Guettons, autre sommet d'un disque qui n'a de cesse de brouiller les frontières entre les genres.
Entre l'énergie brute de Primitive Kings, la tendresse de Lullaby of Surrender et la respiration presque suspendue de Ghost Whale, "Infinity Shakes" trace un parcours sinueux, où la sensualité du jazz se frotte sans cesse à la tension rock et à l'imaginaire visuel qui caractérise le travail d'Oan Kim, également photographe et cinéaste.
Un disque ambitieux, sans doute le plus abouti du trio, qui confirme qu'Oan Kim & The Dirty Jazz compte parmi les voix les plus singulières du jazz français actuel.


































