Pendant cette décennie, Laurent Courthaliac n'a pas disparu. Il s'est fait une place d'arrangeur très demandé, présent sur plusieurs réussites discographiques marquantes. Son truc, c'est de déplacer les couleurs harmoniques d'un morceau et d'y ouvrir des perspectives qu'on n'avait pas vues. Son langage vient du be-bop et de la tradition américaine, qu'il a travaillés auprès de Barry Harris, avant de le laisser évoluer à sa façon. Avec ce disque, le pianiste et l'arrangeur se retrouvent enfin au même endroit.
Le terrain était pourtant délicat. Avec Sinatra, on touche à des chansons que tout le monde connaît par cœur. « My Way », adaptée en 1969 du « Comme d'habitude » de Claude François, est devenue l'hymne du crooner. « Fly Me to the Moon », qu'il a popularisée dans les années 1960 avec l'orchestre de Count Basie, s'est imposée comme un standard que chacun fredonne. Difficile de les reprendre sans repasser par les versions de référence. Il ne s'agissait donc pas de saluer ce répertoire de loin, mais de lui rendre de l'air. Laurent Courthaliac a repris chaque titre, regardé comment il était construit, corrigé, recommencé, jusqu'à ce point où l'on reconnaît la chanson tout en ayant le sentiment de l'entendre pour la première fois. Daniel Yvinec, qui signe le texte de présentation de l'album, parle d'une patience de moine.
Le pianiste joue en trio avec Sylvain Romano à la contrebasse et Gautier Garrigue à la batterie. Deux musiciens qui connaissent l'histoire du jazz sur le bout des doigts, mais savent aussi s'en détacher, et qui laissent à la musique l'air dont elle a besoin.
Cinq titres sont chantés. Christie Dashiell en prend deux, les pistes 3 et 12, avec une intensité et une sincérité qui vont droit à l'émotion. Hugh Coltman en chante trois, les pistes 1, 7 et 11. On ne l'attendait pas forcément sur ce répertoire, et il s'y installe avec naturel, d'une manière très personnelle qui donne à ces standards une lumière neuve.
Reste le piano. Le swing est partout, le jeu est vif, mais Laurent Courthaliac y apparaît sous un jour inédit : au plus près de l'instrument, au cœur du son, avec des improvisations débarrassées des automatismes du genre. Chaque détail compte, chaque nuance est pesée, chaque silence a sa place.
« In the Key of Sinatra » sort sur le label LP345-Music, distribué par Digger's Factory / PIAS. Laurent Courthaliac le présentera sur scène le 18 novembre 2026 au Bal Blomet, à Paris.


































