De l'école pour aveugles aux clubs de Seattle
Tout commence en Floride, dans une école spécialisée où le jeune Ray apprend le piano et la clarinette en braille. Orphelin à l'adolescence, il quitte le Sud pour Seattle, où il croise la route d'un certain Quincy Jones, alors adolescent lui aussi. Les deux hommes ne se quitteront plus vraiment : ensemble, ils traverseront des décennies d'enregistrements.
Les tout premiers disques de Ray Charles, à la fin des années 1940, doivent beaucoup à Nat King Cole. Mais l'artiste ne va pas tarder à trouver sa propre voix, au sens propre comme au figuré.
L'invention d'un genre
C'est chez Atlantic Records, à partir de 1952, que tout bascule. Ray Charles a l'idée, presque hérétique pour l'époque, de marier les intonations du chant d'église aux thèmes profanes du blues. De cette collision naît la soul music. Le monde découvre alors une voix rugueuse et bouleversante, capable de passer du cri à la caresse en une seule phrase.
Le reste appartient à l'histoire du disque : Georgia on My Mind, What'd I Say, Hit the Road Jack, I Can't Stop Loving You. Des titres qui ont traversé les générations sans prendre une ride, portés par un sens du groove et du piano que peu d'artistes ont égalé.
Ce qui frappe, avec le recul, c'est le refus de Ray Charles de se laisser enfermer dans une case. Il enregistre aussi bien avec des cuivres jazz qu'avec des violons countrys, convoque le gospel sans jamais renier le blues. Une liberté artistique qui explique pourquoi les puristes du jazz continuent de le revendiquer comme l'un des leurs, malgré son immense succès populaire.
Un héritage toujours vivant
Décédé en 2004, Ray Charles a marqué au moins trois générations de musiciens, de Stevie Wonder à Van Morrison, en passant par une bonne partie de la scène soul et R&B contemporaine. Son palmarès de 17 Grammy Awards, dont cinq obtenus à titre posthume, témoigne d'une carrière hors norme, couronnée par un Lifetime Achievement Award dès 1987 et par le raz-de-marée de Genius Loves Company en 2005.
Aujourd'hui encore, sa voix résonne dans les clubs et sur les ondes jazz, preuve, s'il en fallait une, qu'un vrai "genius" ne prend jamais sa retraite.


































