Cali, berceau d’une identité musicale afro-colombienne
À Cali, la musique n’est pas un décor : c’est un langage quotidien. La ville colombienne, considérée comme la capitale mondiale de la salsa, vibre au rythme des percussions afro-caribéennes, héritées d’une histoire marquée par les échanges entre l’Afrique et les Amériques.
C’est dans cet environnement que grandit Yuri Buenaventura, né en 1967. Très tôt, il est immergé dans les orchestres de rue, la salsa traditionnelle et les rythmes populaires colombiens. Mais son oreille s’ouvre aussi à autre chose : le jazz, ses improvisations, ses respirations, sa liberté.
Cette double influence devient rapidement la base de son identité musicale. Là où certains choisissent un camp, lui décide de tout garder.
Du jazz à la salsa : une musique sans frontières entre La Havane et New York
Chez Yuri Buenaventura, la salsa ne se limite pas à la danse : elle devient un espace d’expression proche du jazz. Les lignes mélodiques s’étirent, le phrasé respire davantage, et les morceaux racontent des histoires avec une intensité presque narrative.
Son approche s’inscrit dans une circulation permanente entre les grandes capitales musicales des Amériques. De La Havane, où la salsa puise une partie de ses racines, à New York, où elle se transforme au contact du jazz et des orchestres latinos, son univers se nourrit de toutes les influences.
L’un de ses tournants majeurs reste sa reprise de “Ne me quitte pas” de Jacques Brel. Il en propose une version lente, presque hypnotique, où la salsa rencontre une sensibilité jazz profonde. Le morceau devient alors un pont émotionnel entre chanson française et musique afro-latine.
On retrouve également dans son style l’héritage des grandes figures de la salsa engagée, notamment Rubén Blades, avec cette idée forte : la musique n’est pas seulement faite pour danser, mais aussi pour raconter le monde.
Une vision : faire dialoguer les cultures plutôt que les opposer
Ce qui rend l’univers de Yuri Buenaventura singulier, c’est cette capacité à faire coexister des mondes musicaux sans les figer. Le jazz n’est pas une esthétique étrangère à la salsa : il en devient une extension naturelle.
Dans ses compositions, les frontières disparaissent. La tradition afro-colombienne dialogue avec des harmonies plus modernes, les rythmes caribéens rencontrent des structures improvisées, et chaque morceau devient un espace de rencontre.
Entre Cali, New York et les échos de La Havane, son parcours illustre une idée simple mais puissante : la musique voyage, se transforme et revient toujours enrichie.
Au fond, Yuri Buenaventura rappelle que jazz et musiques latines partagent une même essence : celle de transformer les histoires humaines en rythme, en souffle et en émotion.


































