Histoire du Jazz : Comment le jazzman Roy Ayers est-il devenu le parrain de la Neo-soul ?

Histoire du Jazz : Comment le jazzman Roy Ayers est-il devenu le parrain de la Neo-soul ?

Comment un vibraphoniste de jazz des années 60 est-il devenu, trente ans plus tard, l’un des parrains de la neo-soul ? C’est toute l’histoire de Roy Ayers.

Au début de sa carrière, Ayers est d’abord un pur jazzman. Il joue dans les clubs de Los Angeles, enregistre avec Curtis Amy, puis rejoint le flûtiste Herbie Mann à la fin des années 60. Et c’est important, parce qu’avec Herbie Mann, Roy Ayers découvre un jazz qui n’a pas peur de se mélanger aux musiques latines, au rhythm and blues ou au rock.

En 1970, il décide d’aller encore plus loin et crée Roy Ayers Ubiquity. Le vibraphone est toujours là, mais désormais apparaissent les claviers électriques, les synthétiseurs, des lignes de basse beaucoup plus présentes… Et surtout : le groove.

Le jazz de Roy Ayers devient soul, funk, parfois presque disco.

Puis arrive 1976. Roy Ayers enregistre Everybody Loves the Sunshine. Quelques accords, un rythme lent, un synthétiseur, son vibraphone et cette atmosphère immédiatement reconnaissable. Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer aujourd’hui, le disque n’est pas un immense succès pop : l’album atteint seulement la 51e place du classement américain.

Mais Everybody Loves the Sunshine va connaître une deuxième vie. Puis une troisième. Puis une quatrième… Parce qu’une nouvelle génération de musiciens découvre les disques de Roy Ayers et commence à les sampler.

Mary J. Blige utilise Everybody Loves the Sunshine dans My Life. Dr. Dre le sample également. A Tribe Called Quest, 2Pac, Mos Def, Pharrell Williams et beaucoup d’autres vont puiser dans le catalogue de Roy Ayers.

Et soudain, on comprend quelque chose : le son que recherchent les producteurs de hip-hop et les artistes de neo-soul dans les années 90, Roy Ayers l’avait déjà inventé vingt ans auparavant.

Un jazz chaleureux, sensuel, électrique, construit autour du groove. Erykah Badu ira jusqu’à le surnommer le "King of Neo-Soul".

Et le plus beau, c’est que Roy Ayers ne restera pas simplement un musicien que l’on sample. En 1993, il participe à Jazzmatazz de Guru, l’un des grands projets qui rapprochent directement jazz et hip-hop.

Et en 2000, on retrouve son vibraphone sur Cleva, dans l’album Mama’s Gun d’Erykah Badu. La boucle est bouclée : le jazzman qui avait inspiré la neo-soul se retrouve désormais en studio avec l’une de ses plus grandes représentantes.

Roy Ayers est mort en mars 2025, à l’âge de 84 ans. Mais écoutez aujourd’hui la neo-soul, certains disques de hip-hop ou même cette nouvelle génération de jazz très attachée au groove : son ombre n’est jamais très loin.

Finalement, Roy Ayers n’a peut-être jamais quitté le jazz. Il a simplement compris, avant beaucoup d’autres, que le jazz pouvait faire danser… et qu’un bon groove pouvait traverser les générations.