Avec « Streetsoul », Guru élargit encore les frontières de Jazzmatazz
Lorsque Guru lance Jazzmatazz en 1993, son idée est déjà singulière : faire se rencontrer le rap et de véritables musiciens de jazz, plutôt que de simplement sampler des classiques du genre. Les deux premiers volumes avaient installé cette formule, avec des collaborations qui rapprochaient la culture hip-hop de celle du jazz.
Sept ans plus tard, Streetsoul reprend ce principe mais le fait évoluer. Comme son titre le suggère, l’album accorde une place beaucoup plus importante à la soul et au R&B, avec une esthétique qui s’inscrit pleinement dans l’effervescence néo-soul de la fin des années 1990 et du début des années 2000.
Guru ne renonce pourtant pas à son identité de rappeur. Au contraire, il construit le disque comme un carrefour où plusieurs générations et plusieurs scènes peuvent se retrouver. Erykah Badu apparaît sur « Plenty », Macy Gray sur « All I Said », Kelis sur « Supa Love », tandis que The Roots et Black Thought participent à « Lift Your Fist ». Herbie Hancock, déjà associé à l'univers Jazzmatazz, intervient quant à lui sur « Timeless ».
La production reflète elle aussi cette volonté de décloisonnement. Guru s'entoure notamment de DJ Premier, J Dilla, The Neptunes, Erykah Badu, The Roots et DJ Scratch. Le résultat est moins centré sur le jazz traditionnel que les premiers épisodes, mais conserve cette idée fondamentale de Guru : utiliser le hip-hop comme un langage capable de dialoguer avec d'autres musiques.
Erykah Badu, Herbie Hancock, The Roots… le casting qui fait de « Streetsoul » un disque à part
Ce qui frappe aujourd'hui encore dans Streetsoul, c'est son impressionnant casting. Guru rassemble autour de lui des artistes venus d'horizons différents, à une époque où les frontières entre hip-hop, soul et R&B deviennent de plus en plus poreuses.
Erykah Badu apporte notamment sa couleur neo-soul sur « Plenty », tandis que Macy Gray prête sa voix immédiatement reconnaissable à « All I Said ». The Roots participent à « Lift Your Fist », avec Black Thought au micro, et Bilal apparaît sur « Certified », produit par J Dilla. Le disque accueille également Les Nubians, Amel Larrieux, Craig David, Donell Jones, Angie Stone, Isaac Hayes et Kelis.
Mais la présence d'Herbie Hancock sur « Timeless » donne une résonance particulière au projet. Le pianiste et compositeur, figure majeure du jazz, se retrouve ainsi associé à Guru dans un album qui assume pleinement son héritage hip-hop tout en regardant vers la soul contemporaine. Isaac Hayes, autre monument de la musique afro-américaine, participe lui aussi à l'album sur « Night Vision ».
À sa sortie, Streetsoul connaît d'ailleurs une véritable visibilité commerciale : l'album atteint notamment la 32e place du Billboard 200 et la 8e place du classement Top R&B/Hip-Hop Albums aux États-Unis.
Plus qu'un simple troisième épisode, Jazzmatazz Vol. 3: Streetsoul témoigne ainsi d'une période où le hip-hop, le jazz et la soul ne cessent de se répondre. Vingt-six ans après sa sortie, le disque reste surtout le reflet d'une ambition qui était au cœur du projet de Guru depuis le début : faire tomber les frontières entre les genres plutôt que choisir entre eux.


































