Un gamin de Saint-Louis qui écoute tout
Avant d’être le grand nom du rock ’n’ roll, Chuck Berry est un jeune guitariste qui joue partout où on l’accepte. Il écoute le blues, bien sûr, mais aussi le jump de Louis Jordan, la country des radios blanches et le swing des orchestres. Cette curiosité fait toute sa singularité. Quand il s’installe avec le pianiste Johnnie Johnson, il joue des bals où il faut contenter tout le monde, et il apprend à glisser de l’un à l’autre sans que ça se voie.
Le déclic vient de Chicago. Muddy Waters l’oriente vers Leonard Chess, qui dirige le label du même nom. Berry y enregistre « Maybellene » en 1955, et le disque s’impose très vite. Il a vingt-huit ans, et il est déjà tout entier dans ce morceau : la diction nette, les histoires de voitures et d’adolescents, la guitare qui claque comme un moteur.
Le blues avait fait un bébé
La formule est restée célèbre : « the blues had a baby and they named it rock ’n’ roll ». C’est le titre d’une chanson de Muddy Waters et Brownie McGhee, enregistrée en octobre 1976, il y a tout juste cinquante ans. Elle aurait pu être écrite pour Berry. Chez Chess, il est entouré de ce que Chicago a de mieux : Willie Dixon à la contrebasse, Fred Below à la batterie, Hubert Sumlin à la guitare, Johnnie Johnson et Lafayette Leake au piano. Sur « Wee Wee Hours », « Deep Feeling » ou « Things I Used to Do », on entend un bluesman pur jus, qui n’a rien à prouver.
Le reste du répertoire est un cours d’écriture en trois minutes. « School Days », « Roll Over Beethoven », « Sweet Little Sixteen », « Johnny B. Goode » : des couplets qui racontent, un refrain qui reste, un solo qui ne s’étire jamais. Les Beatles, les Rolling Stones et les Beach Boys ont tous commencé par le copier, et ils ne s’en sont jamais cachés.
Une scène, une légende
Il y a aussi le personnage. Le fameux duck walk, la guitare portée comme une arme, le sourire en coin. Il a joué à l’Olympia en janvier 1973, partagé la scène avec Mick Jagger au Madison Square Garden en 1969, puis avec Bruce Springsteen en 1995. À Saint-Louis, en octobre 1986, pour ses soixante ans, c’est Keith Richards qui réunit les musiciens pour le film « Hail! Hail! Rock ’n’ Roll ». Les plus grands étaient là pour lui dire merci.
Chuck Berry est mort le 18 mars 2017, à 90 ans. Sa musique, elle, continue de circuler, jusque dans l’espace : « Johnny B. Goode » figure sur le disque d’or embarqué à bord des sondes Voyager en 1977.


































