Avant d’être parolier, Vinicius est d’abord poète. Il publie ses premiers recueils dès les années 1930 et entre ensuite dans la diplomatie brésilienne, un métier qui le mène à Paris, à Montevideo ou à Los Angeles. Il le pratique en gardant un pied dans la littérature et l’autre dans la musique. On l’appelle le « Poetinha », le petit poète, un surnom tendre qui dit bien la place qu’il occupe dans le cœur des Brésiliens.
Tout bascule dans les années 1950. Il écrit la pièce « Orfeu da Conceição », qui transpose le mythe d’Orphée dans une favela de Rio, et la musique est confiée à un jeune compositeur nommé Antonio Carlos Jobim. Leur rencontre est l’un des moments fondateurs de la bossa nova. En 1959, le film « Orfeu Negro », tiré de la pièce, remporte la Palme d’or à Cannes et fait découvrir le Brésil à une bonne partie du monde.
Puis viennent les chansons. « Chega de Saudade », enregistrée par João Gilberto en 1958, est souvent considérée comme le point de départ du mouvement. « Garota de Ipanema », écrite avec Jobim, devient en quelques années l’un des morceaux brésiliens les plus joués de la planète, notamment grâce à l’album « Getz/Gilberto » en 1964. « Eu sei que vou te amar », « Insensatez », « Samba da Bênção » : il y a chez Vinicius une façon de parler d’amour, de nostalgie et de légèreté avec des mots simples qui sonnent comme une conversation.
Il n’a jamais cessé de chercher de nouveaux partenaires. Avec Baden Powell, il explore les racines afro-brésiliennes du samba dans les « Afro-Sambas » de 1966. Dans les années 1970, il forme avec le guitariste Toquinho un duo scénique inséparable, qui tourne énormément en Amérique du Sud et en Europe. Son tempérament ne ressemble en rien à celui d’un diplomate classique. Vinicius aimait la vie, le whisky, les amis et les femmes, au point de se marier neuf fois. En 1969, le régime militaire brésilien le révoque de la carrière diplomatique, ce qui ne l’empêche pas de poursuivre son œuvre.
Il s’éteint le 9 juillet 1980 à Rio, à 66 ans. Le jazz lui doit énormément. Des générations de musiciens, de Stan Getz à Chet Baker, de Ella Fitzgerald à Diana Krall, ont repris ses chansons et en ont fait des standards. Aujourd’hui encore, quand une guitare amorce « Chega de Saudade », c’est lui qu’on entend.


































