C'est avec un peu de retard, et une immense tristesse, qu'on apprend aujourd'hui le décès de René Urtreger à l'âge de 92 ans. Il est parti sur son lit d'hôpital, à Mortagne-au-Perche en Normandie, où il résidait, entouré de ses proches, depuis l'an 2000. Sa mort nous replonge dans une époque bénie pour la musique française et pour le jazz en particulier, celle des années 1950 à 1980, puisque c'est notamment lui qui a collaboré avec Miles Davis pour créer l'incroyable musique qui accompagne le film "Ascenseur pour l'échafaud".
Ce n'est évidemment pas la seule contribution de René Urtreger à la musique et au cinéma : il a également travaillé avec Claude Berri pour "Le Poulet" en 1963, et avec René Férer pour "L'homme qui n'était pas là", en 1987. Il a aussi reçu plusieurs Victories de la Musique, notamment en 2000 avec son trio HUM (Humair, Urtreger, Michelot) pour leur album commun, ainsi qu'en 2005 pour l'ensemble de son œuvre.
Le pianiste d'origine polonaise, qu'on surnommait parfois "Le Roi René", par respect, n'était jamais avare de bons mots lorsqu'on lui demandait son avis sur l'état actuel du jazz ou de la culture en général. Il avait d'ailleurs déclaré, dans les colonnes du Point en 2017 :
Les grands moments de jazz ne sont pas tous de grands moments musicaux au sens technique. De manière générale, la société actuelle infantilise, il ne faut plus prendre de risques et on le ressent même chez les musiciens. On doit pouvoir faire des conneries dans la vie, je suis bien placé pour le savoir ! Que veut-on, vivre longtemps à tout prix, en s’ennuyant ?
René Urtreger avait une vraie force vitale, couplée à une véritable énergie créatrice, tout en étant doté d'un humour franc assez dévastateur, lui qui affirmait : "Moi tu sais, je suis élitiste, mais tout le monde peut entrer dans mon élite". L'histoire retiendra également qu'il avait failli en venir aux mains avec Maurice Papon, lorsqu'il jouait à La Grande Séverine, célèbre club parisien, avant d'être licencié à la suite de cette altercation. Pour ça, et pour le reste de son immense carrière, il a évidemment notre respect, et on adresse nos plus sincères condoléances à tous ceux qui ont pu côtoyer cette véritable légende du jazz français.


































