Jimmy Heath aurait eu 100 ans : le saxophoniste qui a marqué l’histoire du jazz

Jimmy Heath aurait eu 100 ans : le saxophoniste qui a marqué l’histoire du jazz
Jimmy Heath ©jimmyheath.com

Né à Philadelphie le 25 octobre 1926, Jimmy Heath aurait fêté son centième anniversaire ce dimanche. Saxophoniste, compositeur, arrangeur, professeur : surnommé « Little Bird », il a croisé Dizzy Gillespie, Miles Davis ou John Coltrane, et laissé des thèmes que les musiciens jouent encore.

Il ne mesurait qu’un mètre soixante, et c’est en partie de là que vient son surnom. Little Bird, le petit oiseau, comme un clin d’œil à Charlie Parker. Au début des années 40, le jeune Jimmy joue de l’alto à Philadelphie et ne jure que par Bird, dont il connaît le phrasé par cœur. Les copains ne se sont pas fait prier pour lui coller l’étiquette, et elle ne l’a plus quitté.

La musique, il baigne dedans depuis toujours. Son père joue de la clarinette, sa mère chante dans la chorale de l’église, et deux de ses frères feront carrière à leur tour : Percy à la contrebasse, Albert, dit « Tootie », à la batterie. Très vite, Jimmy monte son propre groupe. Dans les rangs, on trouve John Coltrane, mais aussi Benny Golson et Ray Bryant. Pas mal pour une formation de jeunesse.

En 1949, il rejoint le big band de Dizzy Gillespie, qu’il avait rencontré en tournée quelques années plus tôt. C’est là qu’il passe au ténor, l’instrument qui fera sa réputation. Les années 50 sont plus compliquées : une condamnation l’éloigne des scènes pendant plusieurs années. Il revient en 1959 et enchaîne. Entre 1959 et 1962, il signe chez Riverside certains de ses meilleurs disques, tantôt en quartet, tantôt avec un grand orchestre, pendant que le producteur Orrin Keepnews lui confie aussi des arrangements. Il passe également, brièvement, par le groupe de Miles Davis, qui comptera longtemps parmi ses admirateurs.

Car Jimmy Heath, c’est aussi une plume. Plus de 125 compositions à son actif, et quelques classiques de répertoire : « For Minors Only », « CTA », « Picture of Heath », « Gingerbread Boy », que Miles enregistrera sur « Miles Smiles », ou encore « Gemini », une valse de 24 mesures à la mélodie qu’on retient du premier coup. Au total, il aura participé à plus d’une centaine d’albums.

En 1964, il s’installe avec sa femme Mona dans le Queens, à New York, dans un immeuble qu’il partage avec Clark Terry et Cannonball Adderley. Difficile de rêver meilleurs voisins. En 1975, il reforme la fratrie avec Percy et Tootie, rejoints par le pianiste Stanley Cowell : les Heath Brothers sont nés, et ils tourneront pendant des années.

Dans les années 80, il se lance dans l’enseignement et fonde le programme jazz du Queens College. Il y forme toute une génération, dont le saxophoniste Antonio Hart. Les honneurs suivent : en 2001, le Jazz at Lincoln Center lui consacre deux soirées pour ses 75 ans, sous le titre « He Walked With Giants », puis il est nommé NEA Jazz Master en 2003. En 2010, il publie son autobiographie, « I Walked With Giants », un titre qui dit tout de sa carrière.

Jimmy Heath s’est éteint le 19 janvier 2020 à Loganville, en Géorgie, à 93 ans, entouré de sa famille. Il avait joué presque jusqu’au bout. Cent ans après sa naissance, il reste l’un des grands passeurs du bebop : celui qui a rapporté la révolution des années 40 aux générations suivantes, sans jamais la figer.