Il y a des batteurs qu’on reconnaît à leur puissance. Manu Katché, lui, se reconnaît à ce qu’il ne joue pas. Un temps laissé vide, un contretemps posé comme une évidence, une caisse claire qui claque juste ce qu’il faut. Ce jeu sobre et très chantant, il le travaille depuis l’enfance, et il fête aujourd’hui ses 68 ans.
Emmanuel Katché naît le 27 octobre 1958 à Saint-Maur-des-Fossés, d’ascendance ivoirienne. Il commence par le piano à sept ans, passe à la batterie à treize, puis étudie la percussion classique pendant quatre années. Ce bagage de timbalier et de caisse claire ne l’a jamais quitté. On l’entend dans la précision de ses attaques et dans la place qu’il laisse aux silences.
Le jeune musicien aurait pu faire carrière au conservatoire. Il choisit la scène et devient l’un des sidemen les plus demandés de Paris. Dans les années 80, il joue avec Michel Jonasz et fait partie du trio Préface, aux côtés de Jean-Yves D’Angelo et Kamil Rustam. C’est à cette époque que Tony Levin, le bassiste de Peter Gabriel, le repère.
Le déclic arrive en 1986 avec « So ». La frappe de Katché sur « Sledgehammer » claque avec une souplesse qui change la donne, et son nom circule dans toutes les maisons de disques. Les appels s’enchaînent : Sting, Joni Mitchell, Dire Straits, Simple Minds, Tracy Chapman, Youssou N’Dour, les Bee Gees, Tears for Fears. Il accompagne aussi la chanson française, de Francis Cabrel à Laurent Voulzy, et un large public le connaît à la télévision lorsqu’il siège dans le jury de la Nouvelle Star, de 2004 à 2007.
Mais c’est ailleurs que se joue la part la plus personnelle de son parcours. Dès la fin des années 80, il croise le saxophoniste norvégien Jan Garbarek, avec qui il enregistre à plusieurs reprises. En 2005, il signe sur le label ECM son premier album de leader, « Neighbourhood », où Garbarek vient lui rendre la politesse. « Playground » suit en 2007, puis « Third Round » en 2010. Dans ces disques, le batteur écrit, compose et dirige, avec des mélodies amples et des plages d’air que ses musiciens habitent à leur manière. Lui, souvent, ne prend même pas de solo.
Ce goût du partage se retrouve aussi à l’écran. Depuis 2008, il anime « One Shot Not » sur Arte, une émission où des artistes se retrouvent le temps d’une soirée pour jouer ensemble, sans filet.
À 68 ans, Manu Katché n’a pas levé le pied. Il retrouve régulièrement Michel Jonasz sur scène, comme au début de l’année 2025 à Courbevoie, preuve que les fidélités comptent chez lui. Quarante ans après « So », il reste ce batteur qu’on invite pour ce qu’il apporte au morceau, pas pour ce qu’il montre de lui. Bon anniversaire, Manu.


































