Avant les synthétiseurs de Soft Cell, il y a eu sa voix. En 1964, Gloria Jones enregistre « Tainted Love », un titre signé Ed Cobb, à Los Angeles. Elle n’a pas vingt ans. Le disque sort sur le label Champion, passe presque inaperçu aux États-Unis et disparaît des radios. Il lui faudra patienter pour trouver son public.
Gloria Jones a grandi avec le gospel. Née dans l’Ohio, élevée en Californie, elle chante à l’église avant de chanter ailleurs. Cela s’entend : une voix large, un sens du rythme venu des chœurs, une façon d’attaquer la note qui ne doit rien au studio. Dans la seconde moitié des années 1960, elle signe chez Motown, et c’est d’abord comme autrice. Elle cosigne notamment « If I Were Your Woman », que Gladys Knight & The Pips portent en 1970 jusqu’au sommet du classement R&B.
« Tainted Love » finit pourtant par revenir. Dans les années 1970, la scène northern soul britannique exhume le single, et les danseurs des clubs du nord de l’Angleterre en font un classique de leurs nuits. Entre-temps, Gloria Jones a traversé l’Atlantique. En 1973, elle rejoint T. Rex comme choriste et claviériste, et devient la compagne de Marc Bolan. Leur fils, Rolan, naît en 1975.
Le 16 septembre 1977, la Mini qu’elle conduit quitte la route à Barnes, dans le sud-ouest de Londres. Marc Bolan, passager, meurt sur le coup, à deux semaines de son trentième anniversaire. Gloria Jones, grièvement blessée, survit.
Quatre ans plus tard, Soft Cell reprend « Tainted Love » et la propulse dans le monde entier. La version de 1981 est celle que tout le monde a dans l’oreille. Celle de 1964 reste pour qui veut remonter à la source : une jeune chanteuse, un piano, un tempo qui claque, et cette voix qui n’a pas besoin d’artifice.
Ce lundi 19 octobre, c’est elle qu’on a envie de réécouter.


































